TEC-Conseil

COP23

par notre envoyé spécial à Bonn

COP23 - Bonn, 6-17 novembre 2017

Petit journal et vision personnelle de la COP23 de notre envoyé spécial Sébastien Bruyère pour Tec Conseil

 

Voilà, c’était ma première COP (si on exclut le off de la COP21). Même si mon accréditation ne me permettait que d’accéder qu’à la zone réservée aux side-events (pas d’accès à la zone des négociations), j’ai trouvé ça déjà très dense, bien que c’était une « petite » COP, sans enjeu majeur autre que celui de préciser les conditions de mise en oeuvre des NDC et estimer les chances d’arriver aux premiers objectifs à l’horizon 2020 (c’est très chaud). C’est une expérience singulière que de pouvoir se balader dans un évènement si grand (autant en termes de taille de pavillon que de nombres de participants), entouré de gens du monde entier plutôt bienveillants. Concrètement, cela m’aura permis d’apprendre certaines choses, de récupérer quelques informations, pas vraiment de faire énormément de rencontres tant le rythme est effréné, mais par contre, de me sentir membre d’un engagement conséquent vis à vis des prochaines décennies et du climat. Des points intéressants sur les concepts d’équité et d’accès aux fonds financier, tout comme l’implémentation des NDC ont émergé au fil des présentations auxquelles j’ai pu assister. Bien que j’ai détesté les slogans « save the planet » et autres approches que je trouve parfois dommageable en termes de communication et lui préfère plus de pragmatisme, c’est difficile de ne pas ressortir de cet évènement avec un peu plus de passion qu’auparavant sur le sujet. Ce serait à refaire, je serais partant, peut-être l’année prochaine en Pologne. 

Les plus :

+ c’est universel et motivant

+ c’est enrichissant, on ne ressort pas d’une journée sans avoir appris des choses

+ c’est très dense

+ ça permet de comprendre les enjeux actuels

+  on comprend mieux la problématique de façon plus large et où se situe avec nos projets respectifs

+  ça permet de comprendre les points de vue des financeurs et politiques bien présents dans les conférences 

Les moins :

- c’est crevant (on passe quand même beaucoup de temps dans les conférences, du matin au soir)

-  c’est un peu bordélique à tout niveau (on ne comprend pas vraiment les thématiques du jour ou des zones, on tombe sur de chouettes conférences un peu par hasard)

-  quand on croise des gens du bout du monde qui viennent parler 5 min dans un évènement, faire un peu le tour au hasard des autres conférences, et repartir au bout de 3 jours, difficile de ne pas se poser des questions sur l’impact de l’événement, un comble…

- ça manque d’interactivité et de changements de forme. En dehors de trucs marrants qui aèrent l'esprit, comme une prière sur le stand indien ou des chants fidjiens, on passe quand même tout le reste du temps à écouter des gens parler, parler, parler devant des Power Points, et un peu de discussion à la fin

-  c’est flou pour le grand public, il manque une composante communication essentielle, il manque d’ailleurs des évènements dédiés à comment aborder la communication en général ou alors je n’en ai pas trouvé

 Je me demande si l’exercice de la COP ne peut pas devenir routinier, vu le rythme annuel, au détriment de l’enjeu, je me demande si un rythme bi-annuel ne serait pas meilleur, avec peut être des inter-COP sur chaque continent entre chaque COP, pour se concentrer sur des thématiques plus locales, ce qui permettrait de limiter aussi les émissions de l’évènement.

 

Détail des principales conférences : 

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Lundi 6 novembre

 

Arrivée en cours d’après midi, le temps de la registration auprès du bureau principal, et juste avant l’évènement ECOPA auquel on participait avec le CIRED.

 

Climate & Development Links: National decarbonization pathways toward 1.5 & 2°C and impacts on SDGs (IIASA, Potsdam Institute, TERI, Chine)

Première conférence et récapitulatif global sur les avancées en termes de carbone, et la plausibilité d’atteindre les objectifs. Focus notamment sur les contre-effets environnementaux et économiques de certaines actions. La Chine en profite pour dire où ils sont, à savoir en pleine phase d’analyse encore. Mais j’ai raté une partie de la conférence.

Plus de détails ici . 

Pavillon français : ECOPA (CIRED, TEC, Université de Sao Paulo)

Notre conférence, donc dans le pavillon français, animé par Carine Barbier et l’équipe d’ECOPA, sur les différences entre empreintes carbone des brésiliens/français. C’était un peu dense en termes de contenu. Et surtout, trop peu de public, donc peu de questions ensuite. Dommage. 

Cérémonie d’ouverture : où l’importance de la présence des Etats Unis malgré Trump est soulignée, et le fait que ce soit animé par les Fiji rend le discours moins creux, parce qu’ils parlent concrètement d’impact actuel sur leur pays.

Mardi 7 novembre

Fair Shares and Ambition in the Post-Paris Regime (représentants divers des sociétés civiles) : 

recommandations diverses sur l’importance de l’équilibre, et la répartition des efforts (fair share) de promulguer des lois fortes sur fermeture des sites de production d’énergie fossile, importance de considération des NDC, ils soulignent le fait qu’il ne peut être question de contraindre le développement des pays pauvres dans la lutte contre le changement climatique. Est-ce que les pays qui ont signé Doha vont atteindre leurs objectifs pré-2020? A priori, ce n’est pas clair, et cela va déjà démontrer les capacités des pays à réellement atteindre les objectifs à plus long terme. Il est attendu que les pays annoncent lors de cette COP une accélération sur les objectifs d’arrêt de subventions du fossile. Certains pays peuvent être plus ambitieux que leur fair share estimé, notamment la Chine. Une étude de cas est suggérée dans l'assistance sur l’existence d’une mine australienne, gérée par une entreprise indienne, et financée par la Chine. Les stratégies d’approche de ce genre de dérives (notamment les dérives par rapport à la récupération du trade agreement par des entreprises qui peuvent causer des dommages via leurs projets) doivent être plus fermes. Unanimité.

Pavillon turc : Is nuclear energy part of the solution to fight climate change ? (Generation Atomic, un groupuscule de partisans du nucléaire) : témoignages sur pourquoi les gens de ce groupe se sont engagés vers le nucléaire, en pensant qu’au début, c’était le mal, mais finalement, non c’est low carbon après tout. Et présentation d’une action « Generation atomic » menée par des américains qui font du porte à porte pour expliquer pourquoi le nucléaire, c’est bien. Malheureusement pas pu rester plus, je devais enchainer avec la JPI mais le débat s’annonçait agité, ce genre d’approches suscite forcément des tensions vu le côté explosif du nucléaire. Ceci dit, le nucléaire était présent à la COP pour revendiquer sa place (ITER avait un stand).

 

Pavillon européen : Projets du JPI Climate (HOPE, ERA4CS, SENSES, MEDSCOPE) infos

Présentation de plusieurs projets gérés par la JPI. 

  • HOPE  Household Preferences for Reducing Greenhouse Gas Emissions in Four European High Income Countries : Préférences des foyers pour la réduction des émissions des gaz à effet de serre dans quatre pays européens à haut niveau de revenu. Les comportements quotidiens des foyers sont ciblés dans l’étude, la routine quotidienne, les trajets pour se rendre au travail, les habitudes d’achat ou la construction de nouveaux espaces d’habitation… Un projet Tec conseil, CIRED, Université de Heidelberg, Université de Umëa, Western Norway Research Institute 

                - PROJET de comparatif du ressenti sur le changement climatique entre 4 pays (France-Norvège-Allemagne-Grande Bretagne) dont j’ai mal noté le nom. Mais qui conclut que les Français sont en fait statistiquement les plus concernés par le changement climatique même si les norvégiens se disent plus disponibles pour agir, et les Allemands moins bons élèves. 

  • ERA4CS : récapitulatif de l’importance des services climatiques et du spectre de ERA4CS, sans mention des projets futurs. Et présentation de ERANET, un organisme de support de la recherche.www.jpi-climate.eu/ERA4CS 
  • SENSES : une toolkit, qui promeut l’interaction avec les politiques et insiste lourdement sur les axes de communication vers tout public : http://www.sensesproject.eu 
  • MEDSCOPE : prédictions sur évènements climatiques pour la région méditerranéenne (à considerer pour SOCLIMPACT?), orienté agriculture, éolien, et gestion de l’eau. EUPORIAS est mentionné comme source ou inspiration, projet dédié à améliorer l’usage de données scientifiques et le transformer en services climatiques.

La séance se termine par une discussion où va surtout se poser la question de comment atteindre le public via ces projets, et qui sera surtout animée par quelqu’un de l’audience qui fera un petit scandale sur le fait qu’elle ne peut pas poser de question directement, et qu’on parle quand même tous un peu entre nous (c’est pas faux).

Enhancement options, participatory processes, and rapid implementation of NDC (Marshall islands, World ressources institute, Climate works foundation, ) : 

Conférence sur les bénéfices de l’implémentation déjà réalisée des NDC. Rappel que si on loupe les objectifs fixés à l’horizon 2020, c’est mort pour 2030. L’état actuel des NDCs est rappelé (par exemple, beaucoup de NDC ne considèrent pas tous les gaz de Kyoto et c’est mentionné). Mention du « Carbon Transparency initiative », un portail qui permet de voir les avancées en termes de développement lié aux NDCs. Les allemands en profitent pour rappeler que leurs NDC n’ont que des bénéfices économiques, notamment par rapport à l’arrêt du nucléaire qui est souvent critiqué, et qu’ils exportent de l’électricité bon marché. Le Maroc mentionne un partenariat fort avec l’Allemagne. Le Chili liste quelques NDCs qui ont marché chez eux, y compris par rapport à leurs objectifs d’avant la COP21. Pour le Chili, avoir délaissé l’énergie fossile n’est que bénéfique. Pour renouveler les NDCs, ils auraient besoin d’un « conceptual framework » désormais.  

The Paris Agreement & Global Equity: how to implement the concept of Equity at the global level (Swiss + ActAlliance, Potsdam Institute für Klimaforschung) : 

Discussion sur comment atteindre économiquement les NDCs dans un contexte mondial et d’équité. Critique sur l’aspect actuel des NDC (manque de transparence, comparaison). Suggestion d’utiliser une métrique unique, et notamment les taxes carbone, pour conduire les investissements, 30 à 50€ de la tonne, seule possibilité selon les allemands de PIK, pour créer un revenu mesurable (« climate rent »). Se reposer sur la taxe carbone peut permettre de tenir le principe d’équité = « equal effort ». Les principes de l’équité sont listés et analysés purement économiquement, pour parvenir à une courbe de répartition étatique des budgets carbone. Concernant l’adaptation, un représentant sud-africain du CSIR présente une matrice, proposée pour l’adaptation mais des soucis persistent, particulièrement sur les indicateurs utilisés (aucun n’est commun, à l’instar du carbone pour l’atténuation), des guidelines sont nécessaires pour trouver des métriques communes. En gros, une matrice de traduction des métriques est nécessaire de la part de l’IPCC. 

 

Mercredi 8 novembre

 

Approche territoriale des CDNs : Quel financement pour l’accès aux technologies ? (Niger/Sénégal/Fonds Vert/CTCN)

Conférence tournée vers l’Afrique sur l’accès au financement des NDC. Le Niger explique l’importance d’inclure les acteurs non étatiques pour le suivi et le financement des NDC. Le Sénégal présente ses méthodes de suivi, et l’approche territoriale des NDC, notamment le risque d’une approche trop centralisée si les transferts de compétence ne sont pas bien réalisés. Enda Energie parle sur les difficultés d’accès au Fonds Vert, notamment pour les collectivités locales et le déploiement des technologies. Mention de l’importance du système MRV pour être bankable, pas de surprise. Par contre, intéressant point de détail d’un responsable du CTCN (Climate Technology Centre Network)  sur assistance technique bottom-up pour accès aux technologies (que je vais pouvoir mentionner au Maroc à priori, c’est déjà utilisé autour de Fès/Meknès pour création d’un pôle territorial sur les énergies renouvelables). Assistance technique autour de 150000 € et support pour accès au Fonds Vert. Ils ont un programme de Capacity building spécifique. Une requête peut être soumise pour cela, à travers le point focal uniquement. 

Le Fonds Vert est présent également et valorise quelques opportunités. Actuellement, 600 M€ de projet en cours d’implémentation, de loin surtout sur l’énergie. Ils soulignent surtout l’impact sur le paradigme, Programmes « Readiness » et « PPF Project Preparation Facility » pour le Fonds Vert qui servent à développer les projets. Readiness se décline en 4 axes de support, jusqu’à 1M$ de support de préparation. 40 requêtes sur le PPF, 8 approuvés, 16 à re-soumettre. Mais on précise la forme : des projets de centaines de pages très détaillés. La planification se doit d’être très local. 786M€ approuvés aujourd’hui en ce moment pour l’Afrique. L’impact climatique et l’impact sur l’adaptation doivent être toujours mis en valeur. L’éducation aussi est particulièrement importante. 

Assisting Parties in NDC implementation: New developments on the ‘Law and Climate Change’ Toolkit (Maldives, UNEP, UNFCCC)

Présentation du toolkit mis en avant par l’UNEP pour mieux anticiper les soucis légaux dans la mise en place des NDC. Les Maldives et les Bermudes témoignent de leur approche (intéressant pour NAMA Maroc). Ils ont présenté des propositions de structure organisationnelle, et legal framework. Mais ils ont des soucis de capacité (turn over, RH) pour tenir leur structure. Une démonstration est ensuite proposée sur la version pilote, une base de données sur les aspects égaux est présente,

Realising multi-stakeholders mobilisation and readiness to the Green Climate Fund (GCF) : (PAJCA, ILEPA, ISMUN, AFN)

Ou comment susciter la mobilisation des communautés alors que les projets ne peuvent être soumis qu’à travers des entités accréditées, et comment influencer le protocole du Fonds Vert en incorporant mieux les organisations des sociétés civiles, ce qui passe surtout par une recommandation sur une meilleure anticipation de coopération avec les autorités désignées et de meilleures interfaces de dialogue avec le Fonds Vert. Possibilités de faire des retours sur les projets proposés, etc. Une conférence plus large de discours mais menée de façon très passionnée.

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Jeudi 9 novembre

 

Climate-contingent finance: Emerging instruments for mitigation in agriculture : (CPI Climate Policy Initiative, F3Life, Fanerwa, NAMA Facility, GCF)

Elle m’intéressait pour le parallèle par rapport au tourisme. Présentation de la finance appliquée à l’agriculture. 2/3 vient du privé, 1/3 du public. 320 Milliards d’estimation de besoin annuel en investissement. Présentation d’un instrument financier spécifique (F3Life) pour atteindre l’agriculteur individuel : « climate smart lending credit ». A s’inspirer peut-être pour le tourisme au Maroc. Exemple en Afrique, de comment le secteur privé a été mobilisé dans le financement. Le NAMA Facility est présent pour présenter quelques résultats, en montrant tous les mécanismes financiers possibles, et les bonnes règles à suivre. Un rappel fort est fait sur la nécessaire rentabilité économique du projet. Le NAMA facility a un budget annuel autour de 60 Millions d’euros pour le financement.  Le GCF (Fonds Vert) est présent pour lister les 6 critères importants pour recevoir un investissement et rappelle que les prêts sont les plus souvent utilisés mais ne peuvent être le seul instrument financier. 300 propositions ont été reçues récemment, et apparemment, le secteur privé est difficile à mobiliser, des innovations sont bienvenues. Le NAMA Facility précise qu’ils travaillent plus souvent avec des compagnies nationales.  

 

Pavillon européen : Low carbon Europe 2050

Rappel sur les objectifs de l’UE et l’état actuel de certains projets H2020. une stratégie de l’UE sur le long terme devrait apparaitre en 2018/19. Le rapport IPCC est attendu en 2018, le rapport UNEP sur le gap/émissions cette année. Plusieurs projets présentés qui illustrent cette appréciation de l’atteinte des objectifs.

-        Innopaths qui a vocation à définir des pathways pour un objectif low carbon, à partir d’une analyse des innovations à tout niveau (industrie, ville, etc.), et une analyse des instruments financiers. Plusieurs outils online sont prévus pour présenter des simulations techno/politiques/decarbonisation/low carbon pathway. 

-        Low Carbon Europe 2050, géré majoritairement par des allemands, qui compare notamment des scénarios d’émissions (80%, 90%, beaucoup de renouvelables, etc) et leur traduction dans les secteurs d’émissions (industrie, tertiaire, transport, etc.). Notamment selon différents critères  (energy efficiency, GDP growth, etc.). A partir de cette analyse, un scénario est attendu pour 2018.

-        EUCALC, un simulateur qui vise à développer un framework pour les chercheurs, privés et décideurs publics. à partir d’une simplification d’un modèle existant (global computer) et d’un modèle dédié et interactif. Le but est de simuler les secteurs futurs européens. On peut jouer avec ici. C’est sympa.

-        Carisma  encore un outil d’aide à la décision pour les décideurs publics et privés, avec un objectif atténuation, et aide à la gouvernance. Le but est de créer une interface science-politique, mais visiblement, c’est délicat, ils listent surtout ce qui bloque. C’est un point assez proche de notre considération dans HOPE.

 

C’est tout. J’aurais aimé rester plus ou assister à plus de choses mais le temps est compté. J’espère désormais trouver de chouettes synthèses réalisées par les nombreux journalistes présents.

Sébastien Bruyère - nov2017