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Climat : le tourisme domestique, une opportunité à saisir ?

Une interview de Ghislain Dubois sur TourMag

Pour clore la série d’articles tourisme durable et changements climatiques de fin d’année, Ghislain Dubois répond au questions de TourMag:

https://www.tourmag.com/Climat-le-tourisme-domestique-une-opportunite-a-saisir_a90778.html

 

 
TourMaG.com - 2017 a été proclamée année internationale du tourisme durable par les Nations-Unis. L’année se termine, avez-vous un bilan ?

Ghislain Dubois :
Je n’ai pas vraiment remarqué de grande initiative autour des thématiques climat et tourisme.
Quelques effets d’annonces, mais pas de choses tangibles. Les changements sont encore trop réduits et peu de grands projets nouveaux qui sortent.

TourMaG.com – Quels sont les domaines particulièrement touchés par les changements climatiques ?

Ghislain Dubois :
Pour moi, il y en a 3 : la baisse de l’enneigement, d’abord. L’hiver en montagne le tourisme est très dépendant du climat. Il est désormais nécessaire de diversifier l’activité. Les plages, ensuite. Les projections promettent une érosion de plage de 40 à 70cm d’ici la fin du siècle, il y a une accélération dans le monde entier. Enfin, les conséquences sur les barrières de corail touchent aussi le tourisme. 50 à 80% des récifs sont menacés par la hausse de la température de l’eau et l’acidité générée par la hausse du CO2. Moins de corail, c’est aussi moins d’activités nautiques dans des régions où c’est la principale source de tourisme.

TourMaG.com – En terme de pollution, on a beaucoup parlé des croisiéristes cette année…

Ghislain Dubois :
Un bateau de croisière, c’est un peu un hôtel qui bouge, ça consomme énormément et les émissions sont très importantes. Mais leur principal impact n’est pas climatique. Les conséquences touchent plus la qualité de l’air, avec des rejets en dioxyde de souffre notamment. C’est d’autant plus dommage que la croisière rapporte surtout aux compagnies et peu aux destinations qui récupère cette pollution.
 
TourMaG.com – Quel regard portez-vous sur l’aérien ?

Ghislain Dubois : 5% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde proviennent du transport aérien. Et elles augmentent chaque années, alors qu’elles devraient baisser pour ne pas dépasser le seuil des 2°C.

A leur décharge le délai est très long entre la prise de conscience et la mise en pratique, fabriquer un avion ça prend du temps et pendant ce temps les normes, les regards et les besoins évoluent.

Le transport aérien est de plus en plus abondant, et on l’aide à se développer alors qu’il faudrait au contraire le limiter. Il n’y a pas de TIPP dans l’aérien, il n’est pas soumis à la TVA, ce sont des traitements de faveur, c’est comme une subvention indirecte.

Les ONG réclament plus d’équité en la matière.

TourMaG.com – Vous préconisez de préférer d’autres moyens de transports ?

Ghislain Dubois :
Notre Dame des Landes n’est pas un sujet local : faut-il encourager le transport aérien ou ne faut-il pas envisager d’autres solutions ? Bientôt 80% de la clientèle sera à moins de 3h d’un train à grande vitesse, il me semble important de travailler sur le train plutôt que sur l’aérien.

Les pros du tourisme ont souvent l’impression que l’essentiel du tourisme se passe ailleurs. 5% des voyageurs français émettent 50% des émission de touristes français : ce sont les grands voyageurs.

Atout France cherche à attirer les touristes chinois en France mais ne fait pas la promotion de la France auprès du public français.
 
TourMaG.com – Vous pensez que le tourisme domestique est une solution ?

Ghislain Dubois :
Le tourisme domestique se développe plus rapidement que le tourisme international, c’est une opportunité économique à saisir.

Les Bouches-du-Rhône ont fait une campagne de publicité pour inciter ses habitants à visiter la région. On a aussi travaillé sur l’Outre-Mer français, avec un million d’habitants à la Réunion il y a un vrai marché local à travailler.
 
TourMaG.com – Et la compensation carbone n’est pas une solution envisageable ?

Ghislain Dubois :
C’est bien… Temporairement. Mais ça pose des problèmes techniques, c’est complexe et ne peut être que transitoire.

On en revient actuellement. D’abord parce que cela déplace le problème : si moi je compense auprès d’un autre, auprès de qui cet autre compense ? Est-ce que je n’empêche pas d’autres de se développer en jouant sur ça ? Ensuite parce qu’à terme on ne pourra pas tout compenser tout le temps, il faut prendre ses responsabilités.

TourMaG.com – Le monde du tourisme a encore du chemin à faire ?

Ghislain Dubois :
On manque de créativité, il faut arrêter de nier le problème. Le tourisme est un secteur très lié à la problématique durable, l’un a un impact sur l’autre.

Pourtant beaucoup de professionnels du tourisme ont du mal à s’en saisir. Certains le font, notamment dans les domaines que j’évoquais tout à l’heure : à la montagne, on diversifie, on réaménage les stations, sur le littoral on crée des digues et on réfléchit de plus en plus à des reculs stratégiques…

Il y aura des gagnants et de perdants, mais pour un territoire touristique ou un tour-opérateur il y a beaucoup d’opportunités ! Ça va prendre du temps, mais le tourisme durable est un véritable territoire de conquête !